Communiqué de presse
Bureau de Presse à la CIDH
Washington, DC — La CIDH publie un rapport sur les « impacts de la violence sur la situation des droits humains en Colombie », résultat d'une visite in loco effectuée entre le 15 et le 19 avril 2024. Le document analyse les impacts de la violence sur la situation des droits humains dans le pays et les réponses apportées par l'État à ce phénomène. Il formule 57 recommandations, parmi lesquelles un processus national de dialogue axé sur la paix, la mise en œuvre effective de l'Accord de paix et des politiques visant à éradiquer la pauvreté et à réduire les inégalités.
Le rapport examine les conséquences de la persistance du conflit armé, de l'expansion des acteurs armés en marge de la loi, y compris le crime organisé et les économies illicites, de la violence institutionnelle, des obstacles à l'accès à la justice et de la crise structurelle du système pénitentiaire. Il évalue également les principales politiques publiques en matière de paix, en identifiant les progrès et les défis, avec une perspective historique, territoriale et intersectionnelle.
Le document analyse les impacts différenciés de la violence et de la pauvreté, en tenant compte des inégalités et de la discrimination structurelle qui persistent dans le pays. À cet égard, il examine les écarts persistants qui touchent de manière disproportionnée les peuples autochtones, les communautés d'ascendance africaine et paysannes, les femmes, les personnes LGBTI, les enfants, les adolescentes et les adolescents, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap et les victimes de déplacements forcés.
La violence est reconnue comme un phénomène structurel lié au conflit armé, aux économies illicites et aux inégalités à travers l’histoire, avec des impacts différenciés sur des groupes spécifiques. La CIDH examine les diverses manifestations de la violence, notamment les homicides, les massacres, les violences basées sur le genre, le recrutement forcé, les déplacements, les confinements et le contrôle territorial exercé par des groupes armés non étatiques et des organisations criminelles. De même, les réponses de l'État sont évaluées, mettant en évidence des faiblesses institutionnelles persistantes.
Le document aborde également la violence institutionnelle comme une expression structurelle de la discrimination et de l'inégalité, résultant à la fois d'actions directes et d'omissions de la part de l'État. Dans ce cadre, les obstacles à l'accès à la justice, l'impunité généralisée et les barrières territoriales, ethniques, raciales et de genre sont analysés. En outre, il examine la crise du système pénitentiaire, soulignant la nécessité de réformes structurelles avec une approche intersectionnelle et territoriale.
Le rapport examine les politiques publiques de paix en réponse aux inégalités structurelles et aux impacts du conflit armé, en accordant une attention particulière aux réformes engagées depuis la Constitution de 1991 et à leur approfondissement à partir de l'Accord de paix de 2016. Il analyse les progrès et les limites de la mise en œuvre du Système intégral de vérité, de justice, de réparation et de non-répétition, de la Réforme rurale intégrale, de la participation politique et des garanties des droits des victimes. Il évalue également le développement de la politique de Paix totale et les défis qui restent à relever pour consolider une paix stable, inclusive et durable, avec des approches territoriales, ethniques, différentielles et de genre.
Le rapport conclut que la persistance du conflit armé a généré un ordre social violent dans diverses régions de Colombie, où la vie humaine a été dévalorisée et où les relations sociales se sont structurées autour de la peur, de la coercition et de l'exclusion. Il souligne l'absence prolongée de l'État qui a permis la consolidation d'économies illicites et de structures criminelles, affectant directement la démocratie, l'État de droit et la jouissance effective des droits humains des personnes et des communautés entières en situation d'absolue vulnérabilité.
La CIDH reconnaît que la Colombie a entrepris un changement de paradigme dans son approche de la violence, en s'orientant vers une politique de sécurité humaine fondée sur les droits, la dignité et la participation. Néanmoins, il existe encore des obstacles structurels qui entravent la mise en œuvre de l'Accord de paix et le respect intégral des obligations internationales de l'État.
Dans le but de contribuer aux efforts déployés par l'État pour relever les défis soulignés dans le rapport, 57 recommandations spécifiques sont présentées. À cet égard, la CIDH réitère son engagement à accompagner la Colombie dans la protection et la défense des droits humains dans le contexte de la violence et des inégalités mises en évidence dans le rapport.
La CIDH est un organe principal et autonome de l'Organisation des États Américains (OEA) dont le mandat émane de la Charte de l'OEA et de la Convention américaine relative aux droits de l'homme. La Commission interaméricaine a pour mandat de promouvoir le respect et la défense des droits de l'homme et de servir, dans ce domaine, d'organe consultatif de l'OEA. La CIDH est composée de sept membres indépendants, élus à titre personnel par l'Assemblée générale de l'OEA et qui ne représentent pas leurs pays d'origine ou de résidence.
No. 268/25
9:55 AM